31 octobre 2006
La liberté d'expression ici et ailleurs
Il y a eu l’affaire des caricatures de Mahomet dans un journal danois ; il y a eu le discours du Pape Benoît XVI à Ratisbonne ; et il y a eu les menaces de mort sur un professeur de philosophie, auteur d’une tribune libre dans le Figaro. A chaque fois, l’usage d’une des plus précieuse liberté démocratique –la liberté d’expression- est mis en cause. A chaque fois, il y a des sermons, des manifestations, des violences, voire des appels au meurtre. Et à chaque fois se pose en retour une question lancinante : que faut-il faire ? Faut-il chercher à composer, en évitant tout ce qui pourrait être considéré comme une " provocation " ? Faut-il faire profil bas et attendre que les esprits s’apaisent et que le calme revienne ? Ou faut-il, au contraire, monter à chaque fois au créneau, répondre fermement à ces discours de haine, et rappeler le caractère intangible de nos libertés, acquises autrefois de haute lutte ?
Notre âme républicaine penche en faveur de cette dernière solution : en matière de lutte contre la violence radicale, il faut pouvoir nommer et dire le réel si l’on veut commencer à le combattre. Et si dire le réel c’est, bien entendu, refuser de procéder à des amalgames, c’est aussi refuser de se cacher derrière la standardisation du langage et le politiquement correct. Nous sommes à un moment dangereux de l’histoire des hommes. Contre les extrémistes et les fanatiques, il faut continuer à lutter haut et fort pour la liberté d’expression.
Mais notre raison politique nous rappelle qu’il ne suffit pas de mener cette lutte seulement pour nous-mêmes : il faut en faire profiter les autres, à commencer par celles et ceux qui en ont le plus besoin. Et c’est là que le bât blesse. Dans le monde qu’on appelle "arabo-musulman", les libertés publiques restent rares. La démocratie se cherche, mais se trouve peu. Ce n’est pas d’abord une affaire religieuse, c’est une question fondamentalement politique. Si la liberté d’expression est trop souvent une inconnue à cette adresse géopolitique, c’est parce que des régimes autoritaires, voire dictatoriaux, l’étouffent. Et c’est cette oppression là qui empêche toute liberté d’expression. Et c’est cette violence là qui favorise ce que nous appelons l’obscurantisme. Le refus de la contradiction et de la polémique ne naît pas naturellement du Coran, mais d’une privation de libertés publiques. Comment peut-on apprécier l’humour sur la place publique européenne, défendre le droit à la critique et considérer comme précieuse la possibilité pour chacun d’exprimer librement ses opinions quant on doit vivre chaque jour de sa vie sous le joug ?
Je veux le redire : malgré les apparences, la question n’est pas religieuse, elle est politique. Si nous voulons défendre la liberté d’expression, il ne suffit pas de la défendre par chez nous. Il faut la partager avec celles et ceux qui en sont le plus privés. D’abord en soutenant activement les mouvements démocratiques qui existent dans le monde arabo-musulman. Ensuite, en refusant la triste alternative qu’on voudrait nous imposer en ces termes : si vous ne voulez pas que les extrémistes politico-religieux prennent le pouvoir, acceptez le statu quo dictatorial, et résignez-vous à voir des peuples entiers privés de liberté. Là est la question et là doit porter notre effort. Il faut cesser de fermer les yeux sur les violences exercées par les pouvoirs en place sur leurs peuples. Il faut cesser de fermer les yeux sur les violences exercées par les patriarcats sur les femmes, leur tête, leur corps et leurs droits. Rien ne sert de proclamer, sur un mode incantatoire, notre attachement aux droits humains. Mobilisons-nous davantage, et publiquement et politiquement, en faveur des militants persécutés et des opposants emprisonnées quant ils ne sont pas assassinés.
Voudrait-on un exemple ? Défendons l’ancien candidat à l’élection présidentielle en Egypte, Monsieur Ayman Nour. Faisons le sortir de prison. Défendons la liberté d’expression sur chaque rive de la Méditerranée. C’est le meilleur moyen de ne pas tomber dans le piège tendu par un extrémisme qui se prétend religieux. La question est politique. Il faut y répondre politiquement. En fortifiant les liens entre les démocrates qui vivent en-deça et au-delà des mers.
12:05 Publié dans politique et religion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : islam, opinion, politique, démocratie, udf, ps, ump



Commentaires
Vaste et beau programme, il faut continuer à dénoncer le caractère politiques des attaques qui se maquillent sous des couverts religieux qui n'ont pas lieux d'être. Il faut venir nous voire sur http://desisdereaction.over-blog.com
Ecrit par : Fred | 31 octobre 2006
Se mobiliser pour soutenir les démocrates dans ces pays : tout à fait. Mais des fois je me demande s'il n'est pas trop tard dans des pays où l'occident et ses valeurs sont des boucs émissaires faciles et où l'opinion devient anti-occidentale...
Ecrit par : polluxe | 25 janvier 2007
http://quialaviealetemps.hautetfort.com/archive/2007/05/05/tout-est-possible.html
Ecrit par : aliscan | 05 mai 2007
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